Musée Royal décolonial

Le 7 avril, Aliou Baldé réalise une visite guidée non plus du Palais Royal mais du Musée du Palais Royal, le lieu est désormais consacré à la mémoire de la colonisation belge. Derrière la beauté et les dorures de cet endroit, la visite guidée met en lumière les violences et les injustices subies par les peuples au Congo.

Ce parcours invite à (re)découvrir le rôle des différents rois dans l’histoire coloniale de Belgique, par la mise en avant des décisions des différents souverains.
La visite vous propose de reconsidérer certaines périodes historiques simplifiées, voire effacées. Elle aborde aussi cette “fausse” image d’une colonie modèle construite, permettant de donner place aux voix remémorant que cette période de l’histoire est faite de luttes et de résistances.

Salle de Léopold II
Dans cette première pièce, votre attention va directement se poser sur les dorures. Tout semble pensé dans le moindre détail pour impressionner. Mais très vite, vous comprenez que cette beauté est trompeuse. Derrière ces murs se dessine une autre histoire, liée à Léopold II. Dans cette salle, on revient à la fin du XIXe siècle, au moment où se prépare un projet décisif. En 1876, une conférence est organisée par l’ancien roi des Belges pour poser les bases d’une entreprise coloniale. Au départ, l’adhésion n’est pas évidente, l’investissement paraît risqué. Mais quelque chose se met en place. l’Association internationale africaine est créée, et des liens se nouent entre institutions et formations militaires. Peu à peu, on comprend que ce lieu n’est pas seulement un symbole du pouvoir belge, mais un espace où débute la colonisatio
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Salle Albert Ier

En avançant dans le palais, la transition se fait sans rupture. Dans cette nouvelle pièce, c’est Albert Ier qui apparaît au-devant de la scène. Vous entrez dans une période où les critiques sur la situation au Congo existent déjà. Pourtant, au lieu d’un arrêt, c’est une forme d’organisation qui se renforce. Des réseaux se structurent, comme l’Union coloniale, qui devient un lieu de rencontre, et de promotion de l’engagement colonial. Ici, on ne parle plus seulement de conquête, mais aussi de transmission à l’aide de conférences et de récits. À cela s’ajoute un discours insistant sur le progrès technique, les innovations et les connexions entre la Belgique et le Congo. Cette salle donne le sentiment d’un système qui se stabilise et mène au prolongement d’une situation injuste.

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Salle Léopold III

L’atmosphère change en entrant dans la salle suivante. Avec Léopold III, quelque chose devient presque effacé. La Seconde Guerre mondiale occupe l’espace du récit, mais rapidement une question surgit : comment la Belgique a-t-elle pu continuer à fonctionner ? En écoutant attentivement, vous vous rendez compte que le Congo joue un rôle crucial. Financement du gouvernement, ressources stratégiques comme le cuivre, soutien à l’effort de guerre. Tout cela existe, mais reste en arrière-plan, tout en restant silencieux sur les conséquences de cette exploitation accrue, notamment pour les travailleurs congolais, dont certains mouvements de résistance sont violemment réprimés. Ce qui marque, c’est le décalage entre l’importance réelle de ces contributions et leur quasi-absence dans la mémoire dominante.

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Salle Baudouin 1er
La dernière salle est traversée par des images, des voix et des tensions. Baudouin 1er y apparaît dans un moment clé, la fin de la colonisation. Il y avait volonté de sa part de redonner une image positive à la monarchie, notamment à travers la mise en scène d’une colonie présentée comme exemplaire. Puis vient 1960. L’indépendance du Congo est proclamée, dans un cadre très codifié, avec des discours attendus. Mais quelque chose déraille. Une autre parole s’impose, celle de Patrice Lumumba, qui ne suit pas le protocole et rappelle une réalité bien différente de cette colonisation, faite de violences, de cruauté et de domination. Le récit ne s’arrête pas là. La salle évoque aussi les tensions politiques, l’élimination de Lumumba, et les nombreuses responsabilités qui entourent cet événement historique. Des traces et des archives montrent que cette histoire ne peut pas être réduite à une seule version.
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ALIOU BALDé

“ Pour reprendre l’expression d’un grand frère, la décolonisation, si elle était parfaite un jour, ce serait que la Belgique devienne une province du Congo.

Thierno Aliou Baldé est un militant engagé au sein du collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations. D’origine guinéenne, il a grandi en grande partie en République Démocratique du Congo avant d’arriver en Belgique en 2013.

Parallèlement à ses études à l’ULB, il rejoint le collectif, fondé en 2012, où il se forme progressivement aux questions africaines et aux enjeux liés à la décolonisation de l’espace public. Il développe un intérêt particulier pour les visites décoloniales, alors encore peu nombreuses.

D’abord impliqué dans les trois parcours existants, il s’approprie peu à peu cette démarche jusqu’à en concevoir lui-même une vingtaine, contribuant alors à faire évoluer les regards sur l’histoire et les traces coloniales dans l’espace urbain.