
Musée Royal décolonial
Le 7 avril, Aliou Baldé réalise une visite guidée non plus du Palais Royal mais du Musée du Palais Royal, le lieu est désormais consacré à la mémoire de la colonisation belge. Derrière la beauté et les dorures de cet endroit, la visite guidée met en lumière les violences et les injustices subies par les peuples au Congo.
Ce parcours invite à (re)découvrir le rôle des différents rois dans l’histoire coloniale de Belgique, par la mise en avant des décisions des différents souverains.
La visite vous propose de reconsidérer certaines périodes historiques simplifiées, voire effacées. Elle aborde aussi cette “fausse” image d’une colonie modèle construite, permettant de donner place aux voix remémorant que cette période de l’histoire est faite de luttes et de résistances.
Salle Albert Ier
En avançant dans le palais, la transition se fait sans rupture. Dans cette nouvelle pièce, c’est Albert Ier qui apparaît au-devant de la scène. Vous entrez dans une période où les critiques sur la situation au Congo existent déjà. Pourtant, au lieu d’un arrêt, c’est une forme d’organisation qui se renforce. Des réseaux se structurent, comme l’Union coloniale, qui devient un lieu de rencontre, et de promotion de l’engagement colonial. Ici, on ne parle plus seulement de conquête, mais aussi de transmission à l’aide de conférences et de récits. À cela s’ajoute un discours insistant sur le progrès technique, les innovations et les connexions entre la Belgique et le Congo. Cette salle donne le sentiment d’un système qui se stabilise et mène au prolongement d’une situation injuste.
L’atmosphère change en entrant dans la salle suivante. Avec Léopold III, quelque chose devient presque effacé. La Seconde Guerre mondiale occupe l’espace du récit, mais rapidement une question surgit : comment la Belgique a-t-elle pu continuer à fonctionner ? En écoutant attentivement, vous vous rendez compte que le Congo joue un rôle crucial. Financement du gouvernement, ressources stratégiques comme le cuivre, soutien à l’effort de guerre. Tout cela existe, mais reste en arrière-plan, tout en restant silencieux sur les conséquences de cette exploitation accrue, notamment pour les travailleurs congolais, dont certains mouvements de résistance sont violemment réprimés. Ce qui marque, c’est le décalage entre l’importance réelle de ces contributions et leur quasi-absence dans la mémoire dominante.
ALIOU BALDé
“ Pour reprendre l’expression d’un grand frère, la décolonisation, si elle était parfaite un jour, ce serait que la Belgique devienne une province du Congo. ”
Parallèlement à ses études à l’ULB, il rejoint le collectif, fondé en 2012, où il se forme progressivement aux questions africaines et aux enjeux liés à la décolonisation de l’espace public. Il développe un intérêt particulier pour les visites décoloniales, alors encore peu nombreuses.
D’abord impliqué dans les trois parcours existants, il s’approprie peu à peu cette démarche jusqu’à en concevoir lui-même une vingtaine, contribuant alors à faire évoluer les regards sur l’histoire et les traces coloniales dans l’espace urbain.